L’armée de réserve des sans-travail

De quelle année date le texte ci-dessous ? 2014 ? 2004 ? 1994 ?….

« Si la durée du labeur a diminué, la vie est plus dure encore qu’autrefois. Les méthodes de rationalisation introduites dans l’industrie, le développement incessant du machinisme aggravent la précarité, l’instabilité des situations individuelles. L’internationalisation du marché assigne une extension formidable aux chômages qui peuvent survenir. L’ouvrier qui perd son emploi a bien plus de peine à s’embaucher qu’autrefois, parce que le dérèglement de la production va croissant avec la puissance même de cette production, et parce que l’armée de réserve des sans-travail devient de plus en plus nombreuse. »

 

Ce texte date en fait de…. 1926.

 

 

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Les monuments durables de la pudeur ou de l’hypocrisie bourgeoise

Extrait d’un texte datant de 1974, je regrette de ne pas en avoir pris connaissance pour l’écriture de mon article faisant référence au colloque de Strasbourg sur la mort des animaux domestiques à l’abattoir :

« Ce n’est qu’au cours du 19ème siècle que des abattoirs municipaux vont être construits à la périphérie des agglomérations importantes. Leur architecture, d’une froideur et d’une neutralité tout administratives, sera du même style que les prisons, les hôpitaux, les asiles, parfois même les établissements d’enseignement, qu’on édifiera également à cette époque. On le sait : la sécurité des citoyens, leur bien-être physique et moral exigent ces « équipements collectifs », pour employer, avant l’heure, un néologisme définissant parfaitement l’esprit planificateur dont les pouvoirs publics font déjà preuve. Ces édifices, abattoirs, prisons, asiles de vieillards, au-dessus du porche desquels flotte un drapeau, n’en représentent pas moins les monuments durables de la pudeur ou, si l’on préfère, de l’hypocrisie bourgeoise. »

« Le syndrome du Jardin d’Éden »

J’ai nommé « le syndrome du jardin d’Éden » la vision des animalistes à l’égard des animaux. C’est un concept, une doctrine, qui ne date pas d’aujourd’hui avec la diffusion de vidéos animalières youtube (comme très récemment celle du retriever qui chercherait à sauver un poisson) sur les réseaux sociaux militants; car, déjà au 19ème siècle, à travers la publication de nombreux textes, les Sociétés protectrices animales se faisaient largement écho de ce syndrome.

En contrepoint, voici l’extrait d’un texte, datant de 1964, d’un auteur qui connaît bien les animaux :

« On risquerait de tomber dans une étroite morale franciscaine en voyant dans la soudaine douceur de l’animal la seule manifestation de son libre arbitre et en n’attribuant ses violences qu’à la part la plus obscure de ses instincts. Il n’existe pas un Éden animal et il serait absurde de considérer la bête armée de griffes et de crocs comme une créature vouée à la bonté, à l’innocence, et simplement dévoyée par la vie, ses provocations.

Nul doute que la liberté de l’animal se retrouve aussi dans la cruauté, la fourberie, car, pour aveugle qu’il soit au départ, l’instinct entraîne toujours l’adhésion de l’être vivant qui y obéit. Saurons-nous jamais jusqu’où va notre amour pour les forces qui nous gouvernent ? Il serait donc permis, dans certains cas, de parler d’une « culpabilité » de l’animal ou, du moins, de parler de sa disponibilité morale.

Les images de repos, de bonheur ou de gentillesse ne doivent donc pas apparaître comme celles de quelque état original, de quelque paradis retrouvé, mais comme celles d’un moment de la vie animale pas plus significatif que les autres. Cependant, surprenant des bêtes en paix, j’ai eu souvent le sentiment qu’elles s’accordaient à sa plénitude, à son harmonie. »

« La mort aux rats et autres animaux » – Michelle Julien, Jean-Charles Cougny

Cet article, sur la mort des animaux domestiques, fait suite au colloque : « Déshumaniser, Désanimaliser ».

Auteurs :

Michelle Julien, essayiste documentariste

Jean-Charles Cougny, paysan écrivain

 

Résumé : Les discours animalistes actuels incriminent le « lobby de la viande » à vouloir invisibiliser la mort des animaux pendant qu’à l’ère industrielle, les Sociétés protectrices des animaux basaient leur doctrine sur une mise à mort tant cachée que productiviste des animaux domestiques dans des « usines » éloignées du regard des classes « inférieures ». Aujourd’hui, l’ère virtuelle nous abreuve d’images filmées en caméra cachée à l’intérieur d’abattoirs (et d’élevages) et de prêches ressassés par les disciples de philosophes académiques anglo-saxons, contribuant ainsi à rendre toujours plus invisibles les « vrais » animaux et inaudible, la classe des travailleurs agricoles.

Mots clés : Mort industrielle, Villes, Cimetières, Abattoirs, Chambre à gaz

 

 « La mort aux rats et autres animaux »

Sur un ton déterminé, le père de la petite Zette s’adressa au valet de chambre :

—  Joseph, vous achèterez de la mort aux rats ! Il faut en finir, la maison en est infestée.

La mort aux rats ? s’interrogea Zette. Ça se vend donc chez l’épicier, la mort ? Est-ce qu’on achète aussi la mort aux gens ? »(1)

 

Raticide, pesticide – les rats appartiennent à la catégorie des pests : en anglais, ce qui caractérise les animaux indésirables car considérés nuisibles à l’homme. On les empoisonne puisque leur chair ne se mange pas (exception faite lors de conflits, telle l’apparition de boucheries de rats pendant la guerre franco-prussienne de 1870). Toutefois, pour consommer un animal bénéfique à l’homme, l’acte de le tuer est une étape obligatoire. Pour raisons sanitaires, on ne mange pas la carcasse d’une vache retrouvée morte à l’étable ou dans un pré.

Antoine Laurent de Lavoisier, célèbre savant français du 18ème siècle et fondateur de la chimie moderne, fut également, ce que l’on sait moins, précurseur des discours hygiénistes sur la santé publique en proposant de repousser les abattoirs hors des quartiers peuplés de Paris.(2)(3) Ironie de l’histoire et tandis que Lavoisier sera guillotiné par le tribunal révolutionnaire, les doctrines victoriennes de protection animale reprirent l’idée d’éloigner la mise à mort des animaux des quartiers populeux de Londres en employant, cette fois-ci, un argumentaire moraliste afin, précisément, d’éviter la révolte des classes inférieures à l’encontre de l’aristocratie.(4) La SPA de Paris, « petite sœur de la Société protectrice de Londres » comme elle aimait se surnommer, œuvra à diffuser les doctrines victoriennes sur le territoire français, à travers ce qu’elle appelait « la politique d’adoucissement des mœurs ».

Éloigner toujours plus la mise à mort des animaux domestiques et dans des lieux toujours plus concentrationnaires, jusqu’à approuver(5) la première « usine » à tuer des cochons, en 1856, à Cincinnati(6) et ainsi, la première industrialisation de l’abattage.(7) Plus symptomatique et toujours au nom de la politique d’adoucissement des mœurs, les Sociétés protectrices des animaux encouragèrent aussi l’utilisation de la chambre à gaz pour chiens dans les fourrières/refuges en remplacement de la pendaison.(8) Tout comme l’abattoir « usine » de Cincinnati, cette autre forme de mise à mort productiviste permettait d’asphyxier jusqu’à 25 chiens errants en quelques minutes.(9)

Au 19ème siècle, la volonté de déplacer la mort des animaux domestiques concerna aussi « la mort aux gens ». Voici comment l’historien Oscar Havard décrivit les conséquences de l’éloignement des cimetières :

 

« Aujourd’hui les morts, déportés dans les cimetières lointains, sollicitent plus rarement notre âme. Moins familiarisés avec la mort, nous prêtons moins l’oreille à ses hautes leçons. Les vastes nécropoles qui s’étendent aux confins de la capitale semblent d’orgueilleuses cités où toutes les supercheries de l’art sont invoquées pour dissimuler la cruauté de la mort. Distinction des classes, suprématie de la fortune, éclat du rang, non seulement toutes les inégalités persistent ; mais de pompeux monuments les glorifient et les exaltent. Il n’est pas une pierre qui n’essaye de nous tromper et de nous décevoir. Les fleurs elles-mêmes exhalent le mensonge. Pauvres artifices ! Inutile imposture ! Triste, mais néfaste comédie ! Ce luxueux décor n’a-t-il point pour but de nous distraire des graves pensées que « l’avènement du juge souverain » et la perspective de la vie future doivent inspirer à tous les hommes ? »(10)

 

En définitive, la petite Zette posa une question pertinente. La mort aux gens s’achète bien. Et plus on est riche, plus on peut s’offrir le privilège d’une belle mort…

Revenons à nos moutons, puisque cet article se veut traiter la mort des animaux domestiques, en particulier ceux que l’on mange ; plutôt que de vous abreuver de prêches – d’autres s’en chargent déjà amplement – je préfère l’angle du vécu, du « vrai » vécu avec de « vrais » animaux. Un vécu toujours plus stigmatisé, celui des éleveurs d’animaux de la ferme.

 

Jean-Charles Cougny possède la double casquette de paysan et d’écrivain. Je lui ai demandé de nous faire partager sa vision de l’abattoir et ses réflexions sur la mort des animaux :

 

« Au journaliste, qui me posait la question récemment, l’éleveur de bovins que je suis(11) a répondu « l’endroit le plus triste du monde ». Il m’arrive très peu d’y aller. J’ai la chance de ne devoir y aller qu’une fois par an, en moyenne. Il faut dire que sur les 80 bovins que je vends chaque année, très peu partent pour l’abattoir.

Sur les 80 veaux qui naissent chaque année, je vends les mâles « maigres » à 500 kilos de poids vif à l’âge de 11 à 15 mois, c’est-à-dire qu’ils sont « finis » ou engraissés ailleurs, souvent en Italie, parfois en Algérie ou en France. Je garde 20 femelles pour renouveler les vaches reproductrices, celles que je ne garde pas sont engraissées en Italie ou en Espagne. Les vaches que je vends en fin de carrière sont souvent vendues soit au printemps avec leur veau et vont retrouver d’autres pâtures, soit à l’automne « maigres » pour être engraissées par un emboucheur. Il m’arrive parfois d’en engraisser, mais le camion vient les chercher et elles sont conduites à l’abattoir de Migennes, à côté d’Auxerre.

La seule fois où je vais à l’abattoir, c’est quand on tue une bête pour notre consommation familiale (viande partagée avec mon frère, mes parents et surplus vendu à quelques clients locaux). En général c’est une bête qui ne peut être vendue maigre parce qu’elle boite ou digère mal. Je l’emmène à l’abattoir local à Luzy, à 10 kilomètres de ma ferme, une petite ville de 1900 habitants où j’habite et qui a eu toutes les peines du monde à maintenir son abattoir et à le mettre aux normes européennes, car le tonnage est très faible (600 à 1000 tonnes par an) ce qui rend son fonctionnement coûteux.

C’est pour moi un moment pénible. Je me souviens, c’était en 1989, une jeune vache nommée Bulgare avait été abîmée au vêlage, sans doute un peu par notre faute. Le vétérinaire m’a dit qu’il fallait la faire abattre car elle avait une profonde déchirure de l’utérus. Je me souviendrais toujours de son regard quand je l’ai laissée là, entre les mains du tueur… J’évite désormais de croiser le regard des animaux à cet instant.

Toutes mes vaches ont un nom, une fiche avec leur photo, leur ascendance, leur descendance, leur poids à la naissance et toutes les données possibles. Je fais cela depuis 1989, bien avant que l’on invente des logiciels pour le faire. Je connais toutes mes vaches, ce qui n’est pas le cas de mon frère et associé. Je peux vous dire, en voyant n’importe laquelle, le nom de ses parents et souvent au-delà. Alors, quelle qu’elle soit, emmener une bête à l’abattoir, comme voir mourir un veau ou voir une bête monter dans le camion ne me laisse pas indifférent. Et le jour où cela me laissera indifférent, il faudra que j’arrête le métier. Je pense d’ailleurs à la retraite (dans 5 ans) et je me demande si je pourrais me passer de ce troupeau que je bichonne depuis 40 ans. Sans doute continuerais-je d’aider mon frère ?

Voilà, ça c’est le côté émotionnel. Il faut savoir le dépasser et se poser la question différemment : Qu’arriverait-il, si on arrêtait de manger du bœuf ? Que deviendraient ces animaux ? Seraient-ils plus heureux de retourner dans la nature ? Je leur donne à manger à volonté, elles ont les meilleures parcelles d’herbe, au printemps. S’il fait sec, en été, je leur apporte du fourrage et je récolte du foin et des céréales pour qu’elles passent l’hiver sans avoir faim. L’hiver, je leur offre un toit pour qu’elles n’aient pas froid et je dégèle l’eau pour qu’elles aient toujours de la bonne eau à boire et l’été, quand les sources baissent, je leur aménage des abreuvoirs. Je protège leur progéniture des prédateurs, des maladies contagieuses, des parasites comme les poux, la douve, les vers, les tiques.

Qu’en est-il si elles vivaient dans la nature ? Bien sûr, on dira que la liberté est plus importante que tout le reste. Sans doute. Mais on sait aussi que dans la nature, la liberté, c’est, avant tout, pour le plus fort. Beaucoup de végétariens n’ont aucune notion de la vie réelle des animaux et pensent qu’il suffit d’arrêter de manger de la viande pour que les bêtes soient heureuses. C’est bien plus compliqué que cela. Un abattoir, c’est triste mais êtes-vous déjà entré dans une maison de retraite… ou plutôt un mouroir ? Je vois en ce moment mon père, qui a 30 ans de plus que moi, un homme auparavant très actif, aller de son lit à la chaise avec des béquilles, des œdèmes plein les jambes et la mémoire qui s’en va. J’ai vu son père à la maison de retraite, la zigounette qui sortait du pyjama et passant son temps à voler le chocolat de son voisin.

Moi, je préfère qu’on m’abatte d’un coup dans la tête avant que je finisse ainsi. Cela serait plus humain.

Si une bête peut entrer à l’abattoir, légalement, elle ne pourra jamais en sortir vivante (même s’il y avait une erreur de numéro) : c’est la loi ! Pensez-vous qu’on puisse sortir de la maison de retraite autrement que dans un corbillard ?

Alors oui, c’est à la bête de décider, ce n’est pas à l’homme. Pourquoi c’est l’homme qui mène la bête à l’abattoir et jamais l’inverse ? La question n’est pas totalement aberrante, on touche simplement au domaine de la philosophie. La question de droit de vie ou de mort sur l’animal est d’ailleurs assez récente. Il faut lire l’ouvrage Le vin bourru du cinéaste-écrivain-philosophe Jean-Claude Carrière où il évoque sa jeunesse à Colombières-sur-Orb dans l’Hérault. Il raconte que dans sa famille, on élevait un porc, on le choyait, on lui avait donné un nom. Il faisait presque partie de la famille… mais quand est venu l’heure du sacrifice, c’était une fête et personne ne se posait de question, parce qu’on savait que le cochon avait eu une vie heureuse.

Je pense que ce qui est bien plus terrible, c’est l’élevage industriel comme aux USA où les animaux sont regroupés dans des feedlots(12) sans abri contre le soleil et les intempéries, sans paillage, la distribution faite par des camions. Les animaux n’ont aucune identité, ce sont des numéros, des valeurs économiques, c’est tout. Mais la souffrance animale n’est pas réservée à l’élevage industriel. Il y a des gens qui travaillent traditionnellement, qui battent leurs animaux, les nourrissent mal, ne les soignent pas quand elles ont des problèmes sanitaires (parasites, panaris, blessures) ou les laissent dehors à la mauvaise saison sous prétexte de pratiquer un plein air pseudo écologique.

L’abattoir n’est qu’un maillon de la chaîne. Il est l’une des solutions de la fin de vie de l’animal, comme l’euthanasie ou la maison de retraite peuvent être des solutions de fin de vie pour l’homme qui échappe à l’accident ou à l’infarctus et qui n’a pas la chance de mourir vieux en pleine santé, pendant son sommeil.

Ce n’est pas l’abattoir qui est sinistre, c’est la mort.

Alors, on éloigne les abattoirs des centres-villes, c’est normal, ça sent mauvais, c’est plus sûr avec les risques de maladies transmissibles à l’Homme…. À la fin du XIXème siècle, on a fait la même chose avec les cimetières, longtemps installés autour des églises. Il parait que les chiens et les porcs déterraient les os. Et puis, il a fallu décider une distance minimum des cafés et auberges. Sans doute que, lorsqu’ils avaient bu, les clients allaient profaner les tombes en urinant dessus. Maintenant les cimetières sont loin, et les tombes sont toujours profanées. Mais je m’éloigne aussi…du sujet !

C’est vrai que dans une société où quelqu’un qui martyrise un chat peut être condamné à un an de prison, l’abattoir devient quelque chose d’anachronique, qu’il faut cacher. Je pense que la production de viande est tellement coûteuse en énergie, en espace, en eau que d’ici à la fin du siècle, la consommation va beaucoup baisser dans nos sociétés occidentales et que la viande deviendra un produit de luxe.

En conclusion, je trouve que dans notre société, où l’image règne en maître, il est très facile d’émouvoir les gens en les faisant pénétrer dans un abattoir, surtout pour celui qui ne connait du bovin que la belle Brune des Alpes avec sa cloche qu’il a photographiée lors de ses dernières vacances à la montagne ou bien alors le steak appétissant dans son assiette. Mais il faut dépasser ce stade et mener plus loin la réflexion. Abandonne-t-on la voiture parce que notre cousin ou la princesse Grace de Monaco y ont laissé la vie ? Devons-nous arrêter de faire du ski parce que Michael Schumacher est dans le coma ?

Il y a sans doute encore des progrès à faire pour que les animaux soient mieux traités et ne se rendent pas compte qu’ils vont être sacrifiés. Je pense qu’il y a aussi, sur terre, beaucoup de gens qui n’ont pas la vie de mes vaches. »

 

Commenter ou ne pas commenter les propos de Jean-Charles Cougny ?

Dans un premier temps, il fut en effet question de commenter les dires de l’éleveur, d’y ajouter mon point de vue, mais j’éprouvais aussi la crainte que cela ne déséquilibre son texte et paraisse condescendant : « Ah, quand l’essayiste parle, personne ne vient lui reprendre ses propos et, bien sûr, quand un agriculteur parle, etc. »

De plus, il faut savoir que Jean-Charles ne connaissait pas mes écrits. Je l’ai contacté et lui ai simplement posé cette question : « quelle vision avez-vous de l’abattoir ? ». Il envoya ensuite ce long texte, qui, à ma grande surprise, parlait aussi des cimetières et, mieux encore, des maisons de retraite où comme les vaches à l’abattoir, les humains quittent les lieux, les deux sabots devant ; sauf qu’ils y dépérissent, des années durant, enfermés dans ces mouroirs. En anglais, « dépérir » se traduit par « waste away », terme plutôt bien approprié en l’espèce : des déchets (waste) que l’on éloigne du regard car notre société ostracise aussi la vieillesse.

J’ai également beaucoup apprécié le fait qu’il relie ses réflexions à des membres de sa famille, son père, son frère et ses vaches ! C’est exactement ce que je recherchais. Quelqu’un qui évoque une opinion basée sur son vécu. On n’est plus dans le virtuel, des images piégées et montées dont nous abreuvent, entre autres, les militants animalistes.

Et, pour faire court, voici précisément comment Jean-Charles Cougny a réagi lorsque je lui ai fait lire la totalité de l’article : « Très bien. Vous n’avez pas trahi ma pensée. Nos écrits se complètent. »

Sa réaction m’a convaincue de l’inutilité d’y ajouter mon grain de sel…

 

 

Bibliographie

 

(1). P. & V. Margueritte, Zette, histoire d’une petite fille, Librairie Gedalge, 1903

(2). J-P Poirier, « Lavoisier et les idées de bienfaisance », La Revue du CNAM n°06, Mars 1994

(3). « Discovering the Elements », premier épisode, BBC4

(4). M. Julien, Le cauchemar de Dickens, Mongrel éditions, 2013

(5). Bulletin de la SPA Paris, décembre 1857

(6). O. Commettant, Trois ans aux Etats-Unis, étude des mœurs et coutumes américaines, Pagnerre, 1856

(7). M. Julien, « Ethique animale, la bonne conscience et la mauvaise mémoire des animalistes », 2013

(8). « Huitième congrès international des Sociétés protectrices des animaux, tenu à Bruxelles en 1880 », Bulletin SPA Paris, 1881

(9). « Visite à la fourrière », Gazette des animaux, Février 1881

(10). O. Havard, Les fêtes de nos Pères, A. Mame et fils, 1898

(11). Jean-Charles Cougny est un éleveur de vaches allaitantes.

(12). Feedlots, en français, parcs d’engraissement intensif de bovins.

 

 

 

 

 

« Choisir un élevage ou un refuge ? »

Une parodie de la SPA et de 30 Millions d’Amis pas si caricaturale que ça !

Témoignage d’un travailleur dans un abattoir

 

« Je bosse depuis plusieurs mois dans un abattoir de volailles, dans le Finistère, zone qui est, on le sait tous, très dynamique au niveau de l’emploi. Gosse, j’adorais renvoyer des cartes découpées dans mes magazines préférés pour parrainer un bébé éléphant ou une baleine. Aujourd’hui j’entasse des chariots de poule sur un quai, ou je les chope par les pattes pour les accrocher sur une chaine qui défile, au rythme d’une toute les deux secondes. On en abat entre 30 et 50000 /jour. Journée de boulot entre 6 et 10 hrs. Certaines semaines, on fait 50h, le surplus des 35 passe en rtt pour combler quand il n’y a plus rien à abattre (à cause du prix de l’œuf, m’a t’on expliqué un jour, en salle de pause ).

Entre celles qui meurent durant l’attente sur le quai, ou sur le parking en plein soleil (elles sont ramenées en fin de journée, passent la nuit, puis sont abattues le lendemain dans la journée), c’est parfois un millier de bêtes qui finissent à la poubelle.
Une bonne partie de cette « viande » va partir en bouffe pour chat et chien. Animaux ô combien plus noble et tout aussi protégé que mes pauvres petites poules qui me chient dessus toute la journée quand je dois les accrocher (rire jaune).

Bref. Je suis un tantinet agacé de voir des gens manifester (bien que je comprenne le pourquoi. Merde. si j’avais eu un autre job, je défilerai sans doute aussi.) j’ai du mal à saisir l’absence de solution réaliste. Les « gens », la généralité de l’humanit, a besoin de se nourrir de manière variée, et du boulot que ce besoin crée implicitement. C’est une sorte de cycle, qui ne peut pas être brisé juste par le choix de manger de la salade.

J’aurais aimé que les gens descendent dans la rue pour défendre une proposition concrète. Pour hurler « on tue des bêtes par millions alors qu’il suffirait de remplacer A par B ». Or aujourd’hui, j’entends plutôt du « on ferme les abattoir, point. » Parce que ce serait inhumain.
Est-ce plus humain de mettre sur la paille des milliers de vos citoyens, voisins types qui fournissent votre viande pour le barbecue du samedi prochain ?
Pour les remplacer par des fermes bio/écolo/moralement décentes qui font pas le poids tarifaire face à des pays comme le brésil ?
Je préférerai que la manif parle surtout de la souffrance animale, des conditions de transport, de stockage ou d’étiquetage honnête des produits finaux, et de solution intelligente, pas juste de matraquage pour marquer des points comme des gosses à la récré.
Pour gagner de la place sur un quai, les chariots sont collés les uns aux autres. Avec environs 15-20 poules par caisse (4 caisses par chariot) je vous laisse imaginer la chaleur que les bêtes dégagent par elles-mêmes, en plus de l’effet étuve de la tôle ondulée des parois des dit quais.
Il faudrait un lourd investissement que les abattoirs ne peuvent pas se permettre, déjà à cause des périodes où il n’y a pas de boulot. Il faudrait des financements ou une aide état/Europe. Mais j’imagine déjà les mêmes qui défilent aujourd’hui, défiler demain sur le « on est trop taxé ».

En attendant, je continue à bosser pour payer mes crédits, mes impôts, dont j’apprends régulièrement qu’une partie est détournées par untel ou unetelle.
Bref, c’est un peu déprimant tout ça…. »

 

La raison chez les fous et la folie chez les gens raisonnables

 

« Les aliénés vous déconcertent souvent par leurs réflexions inattendues ; ils font preuve d’humour et d’esprit et, enfants terribles, dédaignant le mensonge qui seul permet les bonnes relations sociales, vous disent facilement vos vérités en face. C’est vraiment là, d’ailleurs, une forme grave de folie ! Dire la vérité, quelle démence ! »

La raison chez les fous et la folie chez les gens raisonnables, dr Paul Voivenel, 1924

 

 

Comment on manipule les femmes avec des slogans féministes

L’exemple édifiant du lobby du tabac:

http://thesocietypages.org/socimages/2012/02/27/torches-of-freedom-women-and-smoking-propaganda/

 

 

Comment « respecter les animaux à petits pas » et se moquer du monde !

La première cible de toute propagande, les enfants, bien sûr !
Je suis en train de consulter l’ouvrage jeunesse « Respecter les animaux à petits pas » (Actes sud junior, 2013) de la journaliste Florence Pinaud, bcp de grossières erreurs historiques, en particulier le 19ème siècle et son rapport aux animaux.
Sans aller jusqu’à la période industrielle, voici ce qu’écrit Pinaud au paragraphe des abandons:

« Les chiens et chats sont gardés dans des enclos grillagés et sont présentés aux personnes qui viennent les adopter et, s’ils ne trouvent pas une famille d’accueil, ils sont euthanasiés. Seuls les 56 refuges directement gérés par la SPA les gardent jusqu’à ce qu’ils meurent naturellement.« 
??!! Wouaf !

Upton Sinclair, auteur de « La jungle »: sa vision du végétarisme pour les animaux

Upton Sinclair, auteur du célèbre « La jungle » –  enquête de sept semaines à l’intérieur des abattoirs de Chicago et brûlot contre les trusts de la viande – était également végétarien (tendance crudivore).

Voici comment il décrit le végétarisme « humaniste » (on dirait aujourd’hui « animaliste ») :

The Use of Meat chapitre du livre The Fasting Cure

I called myself a vegetarian; but at the same time I realized that I differed from most vegetarians in some important particulars.

For instance, I had never taken any stock in the arguments for vegetarianism upon the moral side. It has always seemed to me that human beings have a right to eat meat, if meat is necessary for their best development, either physical or mental. I have never had any sympathy with that « humanitarianism » which tells us that it is our duty to regard pigs and chickens as our brothers. I was listening the other day to one of these enthusiasts, who had been reading aloud one of the « Uncle Remus » stories, and who went on in touching language to set forth the fact that his vegetable garden constituted one place where « Bre’r Rabbit » was free to wander at will and to help himself; and he described how happy it made him to see these gentle animals hopping about among his cabbages, having lost all their fear of him. That sort of thing will work very well so long as it is confined to one farm, and so long as there is a hunting season upon all the other farms in the locality; but let the humanitarians proceed to apply their regiment in a whole state, and they will soon have so many billions of rabbits hopping about among their cabbages that they will have to choose between shooting rabbits or having no cabbages.

The reader, I presume, is familiar with calculations which show the rate at which rabbits multiply, how many tens and hundreds of millions would be produced by a single pair of rabbits in ten years. It should be quite obvious that the time would come when all human beings would be spending their energies in planting gardens to support rabbits; and that if ever they stopped planting gardens, there would be a famine for the rabbits, with infinitely more suffering than is involved in the present method of keeping them down. Also, even though the humanitarians might have their way with men, the hawks and the owls and the foxes would probably remain unregenerate. I remember, when I was a small boy, being sternly rebuked by an agitated maiden lady who discovered me throwing stones at a squirrel. Not so many days afterwards, however, the lady discovered the squirrel engaged in carrying off young birds from a nest outside her window, and she found her theories about « kindness to dumb animals » rudely disturbed.

The same thing, it seems to me, is still more true of domestic animals. Domestic animals survive on earth solely because of the protection of man, and for the sake of the benefits they bring to him. If it is necessary to human health and well-being to slaughter a cow rather than to wait and let her die of old age and lingering disease, it seems to me that nothing but mawkish sentimentality would protest.

It is pointed out to us what places of cruelty and filth our slaughter-houses are; the reader may believe that I learned something about this in my preparation for the writing of « The Jungle. » But then this is not necessarily true about slaughter-houses–any more than it is necessarily true that railroads must kill and maim a couple of hundred thousand people in this country every year. In Europe they have municipal slaughter-houses which are constructed upon scientific lines, and in which no filth is permitted to accumulate; also they have devised means for the killing of animals which are painless. In the stockyards I have seen a man standing upon a gallery, leaning over and pounding at the head of a steer with a hammer, and making half a dozen blows before he succeeded in knocking down the terrified animal. In Europe, on the other hand, they fit over the head of the animal a leathern cap, which has in it a steel spike; a single tap upon the head of this spike is sufficient to drive it into the animal’s brain, causing instant insensibility.
And it must be borne in mind also that the sufferings of dumb animals are entirely different from our own. They do not suffer the pains of anticipation. A cow walks into a slaughter-house without fear, and stands still and permits a leathern cap to be fitted over its head without suspicion; and while it is placidly grazing in the field, it is untroubled by any consciousness of the fact that next week it will be hanging in a butcher’s shop as beef. (…)