Archives de Catégorie: Coup de gueule

Le clivage animaliste

Bel exemple de « clivage animaliste » à travers le nouveau documentaire « THE GHOSTS IN OUR MACHINE »

En voici le trailer :

Soit les animaux sont enfermés dans des élevages/lieux atroces (filmés en caméra cachée par des animalistes) / soit ils sont « sauvés » (par des animalistes) et batifolent « librement » (?) dans une sorte de  jardin d’Éden reconstitué, le paradis animaliste…

Pourquoi ne montre-t-on  jamais  les coulisses, contradictions et dilemmes des dits « refuges » ?

Pourquoi aucune  alternative n’est présentée (par ces animalistes), en dehors de leur sempiternelle représentation d’eux-mêmes en « héros sauveurs » (sic! quelle modestie) de vies animales ?

Pourtant, les animaux dans des refuges, c’est aussi du commerce, un robinet intarissable d’argent (donations, legs) et une gestion pragmatique de la mort animale.

Les tactiques de l’asssociation Animal Equality

Intéressant que la présidente de cette asso de protection animale espagnole ait un  accent… américain (simple coïncidence, bien sûr).

Cette présidente, invitée lors d’une conférence, explique les tactiques d' »investigation » (vocabulaire emprunté à l’univers journalistique) de son association.

Je l’ai déjà écrit, je ne suis pas d’accord avec l’allégation d’efficacité des images chocs sur le public ; en revanche,  ce qui est choquant est l’insensibilité totale que cette présidente montre lorsqu’elle évoque le suicide d’un fermier provoqué par leur ‘ »investigation » ( à partir de 8:44’)…

De l’efficacité des vidéos animalistes ?

En réaction rapide à l’article de Audrey Garric, paru aujourd’hui dans Le Monde – je suis contre le principe de légiférer les films clandestins – même si filmer en caméra cachée, à l’insu de travailleurs/ouvriers derniers maillons d’un engrenage- pose des problèmes éthiques – que je n’ai pas le temps de détailler dans ce billet – mais l’article du Monde, le souligne déjà lui même, ça provoque le licenciement de ces ouvriers, et ensuite….

Rapidement, mon opinion sur ce que je pense de la prétendue efficacité des vidéos animalistes – efficacité, pour qui et pour quoi ?

Ces vidéos animalistes, c’est surtout de la com’ pour enclencher des (nouveaux) appels aux dons qui serviront à produire un énième film de « propagande » qui enclenchera d’autres appels aux dons, pour produire encore plus d’images – puisque tout ceci ne sont que des « images »…. les gens , moi inclus, sommes bombardées d’images et toujours plus sur le mode pornographique; alors, les vidéos de PETA ou truc, ce qu’ils sont forcés à faire est similaire aux productions gonzo : toujours plus de trash pour attirer le chaland, toujours plus accoutumé à la violence… Ils veulent dégouter les gens de manger de la viande et de boire du lait , etc – voilà le but ultime de leurs films – pourtant, je suis convaincue que sur le moyen terme, cela a l’effet inverse – La décharge émotionnelle passée, les gens recommencent à manger de la viande/fromage/œufs – en revanche, ils se sentent mal, ils culpabilisent ; alors ils continuent de faire des dons aux assos animalistes.

Ces assos ne proposent rien de concret, sauf à abreuver leur auditoire de slogans vides et d’images sur le registre de la manipulation émotionnelle – elles existent pour culpabiliser le public et pour servir leurs propres intérêts personnels (sinon pourquoi tant d’oligarchie dans leur fonctionnement ?).

Au final, les questions de fond ne sont jamais abordées – pour cela, les animalistes et les industriels se rejoignent, une nouvelle fois !

La « supériorité » des hommes et des doctors, chez les animalistes

La domination masculine et scientiste, chez nos animalistes, dans toute sa splendeur !

Précision : « doctor » ne signifie pas qu’ils soient médecins, mais indique leur pedigree universitaire (ils ont un phd : doctorat) – car tous ces bons hommes (ne) sont – bien sûr – (que) des académiques….

TheSuperiorHuman

Aymeric Caron, un « journaliste d’investigation », comme on en voit… trop souvent

Je viens de jeter un coup d’œil au « dossier » intitulé : Viande : la nouvelle guerre de religion paru cette semaine dans l’Hebdo Le Point.

J’ai un week-end chargé et je suis très occupée en ce moment, je n’ai donc pas le temps d’écrire mes commentaires en détail. Globalement, rien de nouveau, toujours les mêmes intervenants – souvent « people » du microcosme parisien, ça dit tout – répétant les mêmes propos maintes et maintes fois assénés, copiés par un journaliste, puis copiés et recopiés par d’autres.

Un petit nouveau, le journaliste Aymeric Caron, diplômé de la prestigieuse école de Lille et de sciences po – en clair, la crème de la crème de l’élite de la pensée dominante. Caron vient de publier un ouvrage exposant sa propre « enquête » sur la viande. Pourtant, les bonnes feuilles, publiées par Le Point, lui fait citer l’association animaliste/végétariste/antispéciste L214, comme source omnipotente et seule apte à parler chiffres lorsque, par exemple, les subventions européennes sont évoquées. (Si ma mémoire est bonne, ayant moi-même consulté ces chiffres, visibles par tout le monde, et pas seulement par L214, en France, ce sont les producteurs de bananes qui reçoivent les plus fortes subventions de la PAC – les bananes, c’est de la viande ? – Nestlé est aussi en bonne position : les produits laitiers, c’est végétarien comme l’est Aymeric Caron…

Bref, je trouve la candeur de Sir Caron plutôt symptomatique concernant son asso « amie » L214 – manifestement, Caron a une lecture très sélective de ce qu’il présente être un travail d’enquête journaliste…

J’espère pouvoir trouver le temps de compléter mes propos…

Vendre de la bouffe industrielle, « l’une des activités principales » des animalistes

La première fois que j’ai testé du pâté végétal, il y a près de 20 ans de cela, c’était le « Tartex nature » et je venais d’arrêter complètement la charcuterie. J’avoue m’être dit à l’époque, façon méthode Coué : « ah oui, c’est aussi bon que le pâté de porc »… sauf que ma seule référence de pâté de porc était celle insipide et bas de gamme « supermarché »… Alors forcément, le Tartex nature, ça y ressemble fortement au patoche industriel. Par conséquent, et sans surprise, je m’en suis rapidement lassée.

Au fil des années, de nouvelles saveurs sont apparues, je les ai toutes testées, dont le « truffe et champagne » que j’avais trouvé particulièrement fade et sec en bouche ; l’un de mes plus mauvais souvenirs avec celui « nature ». Il y a quelques temps, j’apprends que ce « truffe et champagne » est labellisé « aussi bon que du foie gras » par des animalistes qui en font commerce, mieux encore, dont leur dite « association » destinée à soit disant « protéger les animaux » y consacre leur activité principale… On comprend mieux sur quel business plan s’est calqué nos francophones de « Droits des animaux », dont l’activité principale est de vendre de la bouffe industrielle, eux-aussi !

Plus on observe les animalistes, plus on se demande s’ils ne roulent pas tout simplement pour leurs prétendus « adversaires ». Pour ma part, je n’ai jamais gouté de vrai foie gras, mais franchement ce « truffe et champagne » de Tartex est tellement fade que j’ai du mal à croire qu’il imite le vrai foie gras, à moins que la seule référence des animalistes est celle des industriels – comme quoi, le « monde vegan » et le monde « industriel » ne sont pas si opposés que ça !

Un article intéressant :
« Faux gras », mais vrai succès… par Frédéric Chardon
Mis en ligne le 17/12/2010 – La libre Belgique

Gaia a presque écoulé la totalité de sa production de foie gras “végétarien”.

Pour la deuxième année consécutive, Gaia (l’association de défense des animaux) propose sur le marché belge ses boîtes de « faux gras ». Pour rappel, le « faux gras » est un pâté à base de truffes et de champagne destiné à servir de substitut au foie gras. Vu le succès de ce produit en 2009, Gaia a triplé sa production pour les fêtes de fin d’année 2010, soit 105 000 boîtes. Pour 2011, 200 000 « faux gras » devraient arriver dans les rayons.

Et les chaînes de supermarchés ont d’ores et déjà absorbé quasi entièrement les stocks. En effet, à ce jour, près de 95 000 boîtes ont été vendues à Lidl, Delhaize, Makro, Carrefour, Colruyt, Intermarché et Match (et aux magasins « bio »). « C’est déjà un succès, alors que notre campagne de sensibilisation auprès du grand public n’a pas encore vraiment démarré », confie Ann De Greef, directrice de Gaia.

Au total, Gaia a produit en 2010 (via une entreprise allemande) 13,125 tonnes de « faux gras ». « En comparaison, la production annuelle belge de foie gras est de 100 tonnes. Après seulement deux ans d’existence, notre produit représente donc plus de 10 % de ce marché, c’est vraiment pas mal ! Le « faux gras » est devenu l’une de nos activités principales », se réjouit encore Ann De Greef.

Un vrai business, en effet. A raison de 2,99 euros par boîte de 125 g, le chiffre d’affaires attendu (pour 105 000 portions de « faux gras ») devrait s’élever à plus de 310 000 euros. Gaia recevant 0,60 euro par boîte, le « return » pour l’association devrait être de 63 000 euros.

Problème : la production de « faux gras » n’est pas très flexible. « En cas de pénurie avant le Nouvel An, on ne pourra pas répondre à la demande. Pour cette année, la production est terminée car, pour obtenir le « faux gras », il faut une période de fermentation de 6 à 8 semaines », ajoute Ann De Greef.

Dans les grandes surfaces, on prévoit une véritable razzia sur le « faux gras » acheté à Gaia. « On s’attend à une explosion des ventes, annonce Philippe Raemaekers, chargé de communication chez Makro. Nous avons acheté dix fois plus de boîtes qu’en 2009 en raison des plaintes de clients qui n’avaient pas pu s’en procurer. On s’attend à une ruée sur ce produit à partir du 20 décembre. Toutefois, nous avons déjà vendu 20 % des boîtes alors que nous n’avons encore fait aucune promotion. »

Même topo chez Carrefour. « En 2009, nous avions commandé 15 000 boîtes mais tout est parti en une semaine ! Cette année, nous avons donc doublé notre stock, précise Lars Vervoort, le porte-parole. Mais il est difficile de dire si cela suffira Le produit est en effet beaucoup plus connu que l’année dernière. Actuellement, par rapport à la même période en 2009, les ventes ont déjà triplé ! »

La standardisation de nos chercheurs

On a standardisé les animaux domestiques, notre mode de vie, notre consommation, la bouffe… manifestement, il existe aussi (et c’est certainement lié) une standardisation du système de pensée de nos « chercheurs » !

Plus inquiétant, ce chercheur en histoire commet de grosses erreurs concernant le 19 eme siècle…

« Gavée comme une oie » – Et à la prochaine étape ? Fourrée comme une dinde ?

J’ai, à de nombreuses reprises, critiqué les spectacles animalistes de rue dégradant les femmes et, au final, il suffit d’écouter la réaction des passants à cette mise en scène malsaine qui prouve d’autant plus que les femmes NE SONT PAS des oies.

En effet, FACE AU gavage d’une « VRAIE » oie, les gens auraient-ils eu la même réaction ? Ricanements ponctués de « ferme ta gueule » – euh, oui car notre oie humaine sait piailler ! Pas de « coin coin » sortant de son gosier, mais un porn « nooon ! » plutôt bien approprié à cette saynète très… bondage.

Après « Gavée comme une oie », ce sera quoi, au prochain épisode ? Fourrée comme une dinde… en public, bien sûr !

Le boom de la poule comme animal de compagnie et ses effets secondaires…

Le boom de la poule comme animal de compagnie et ses effets secondaires – extraits article « Backyard chicken boom produces fowl result: unwanted roosters » By Annys Shin,Nov 23, 2012 The Washington Post

The question of what to do with Hanz — and other roosters like him — is an unforeseen byproduct of the growth of backyard chicken flocks, which proponents are touting as a more-nutritious and humane source of eggs. Recently, efforts to amend laws that prohibit chickens in densely populated areas have gained momentum. Montgomery and Fairfax counties allow residents to have chickens, with certain restrictions. And there are efforts to legalize them in Prince George’s and Arlington counties, Alexandria and the District.

But that has meant a proliferation of unwanted roosters, many of which arrive unexpectedly from hatcheries along with the first chicks. They are difficult to keep in urban settings, they crow and many places that allow chickens ban roosters. To get rid of them, some owners turn to Craigslist, sanctuaries and animal shelters.

When that fails, the less squeamish eat them. Others set them loose and hope for the best. In the Washington region, roosters have been found wandering in parks, cemeteries and D.C. alleyways.

Russell Crowe was one of the lucky ones: He was found five years ago, crossing Connecticut Avenue in Northwest Washington. (Why he crossed the road, no one knows.) Eventually, he ended up at the Poplar Spring Animal Sanctuary in Poolesville. The refuge stopped accepting roosters a few years ago because of a lack of space, director Terry Cummings said.

The region’s other main chicken sanctuary, United Poultry Concerns on Virginia’s Eastern Shore, reached maximum rooster capacity this past week. There are still farmers who are willing to take them, but finding suitable homes is getting increasingly difficult.

“It has become a huge, huge problem,” Cummings said.

The market is already ahead of the law, as evidenced by the growing cottage industry of backyard chicken Web sites, magazines and accouterments. There are toys, clothes and upscale coops that look like they were designed by Ludwig Mies van der Rohe. There are even “designer chickens” — hybrids with such breed names as “Showgirl” and “Sizzle.”

In April, Tyler Phillips, 25, of Potomac gave up working for his parents’ traveling pet zoo and professional poker playing to start a business renting out chicken coops with Diana Samata, 24.

“I do not believe that our RentACoop would have been as successful as it is today even two years ago” because of changes in regulations, Phillips said. “I believe this is just the beginning.”

Le vrai « visage » de la viande artificielle

Au moins trois raisons de s’opposer à la bidoche canada dry :

* Ça a la couleur du dollar – le concept plait beaucoup aux industriels de l’agroalimentaire
* Ça ressemble à du poulet polyphosphaté – comme toute bouffe industrielle insipide
* Ça a été fabriqué avec du « Beurk! » – normal pour un produit destiné aux pauvres

Très bon dossier publié sur le JDN par Yannick Demoustier

La viande artificielle déjà dans les assiettes (17/10/12)

Qu’a-t-il donc de si particulier ce poulet Beyond Meat pour tant défrayer la chronique aux Etats-Unis ? Réponse : le goût, la texture et l’aspect de la chair du volatile… mais sans un gramme de poulet. Ses ingrédients : une pincée de poudre de soja et une grosse dose de technologie. Ajoutez-y un intérêt vorace d’investisseurs réputés visionnaires, mélangez avec une croissance annuelle du secteur de 20%, agrémentez le tout d’une explosion prévisible des besoins et vous comprendrez que le JDN ne peut résister à l’envie de soulever le couvercle de la casserole pour y regarder de plus près. Le résultat ? Une plongée dans une niche de l’agroalimentaire qui pèse déjà un milliard de dollars outre-Atlantique : le marché de la viande artificielle.

D’ici 50 ans, nous échapperons à l’absurdité d’élever un poulet entier pour en manger le blanc ou une aile, en produisant ces parties séparément. » Le carnivore forcené qu’était Winston Churchill avait vu juste dès 1932. Certes, il se trompait de quelques décennies. Mais le fait de manger de la viande qui ne proviendrait pas d’un animal n’appartient plus au domaine de la science-fiction. Et ce n’est pas Mark Bittman, célèbre chroniqueur gastronomique du New York Times, qui nous contredira. Lors d’un test à l’aveugle, il a confondu le faux poulet confectionné par la start-up Beyond Meat avec du vrai.

Alors, la viande artificielle, qu’est-ce que c’est ? De même qu’il existe différents types d’élevages, on retrouve en fait différents procédés.

Pour fabriquer ses produits, l’américain Beyond Meat manipule à la fois chaleur, refroidissement et pression. D’une protéine poudrée (issue du soja pour le poulet et de petits pois pour la viande rouge) est tirée une pâte liquide, chauffée puis extrudée à travers une machine semblable à une presse à pâtes et enfin refroidie.

Le britannique Quorn, lui, utilise de la mycoprotéine, une protéine provenant de champignons, et a recours à « un procédé de fermentation très semblable à la fermentation de la bière. Simplement, plutôt que de récolter le liquide, nous récoltons le solide. Cet ingrédient est ensuite utilisé comme base pour plus de 100 produits alimentaires différents, allant de la viande hachée et filets aux plats préparés et en-cas », explique l’entreprise.

Parmi les techniques : planter des cellules souches de bovin dans un morceau de tissu musculaire afin de les « cultiver »

A l’université de Maastricht, au Pays-Bas, une équipe de chercheurs dirigée par le physiologiste Mark Post tente de son côté de créer de la viande artificielle in vitro. La technique consiste à planter des cellules souches de bovin dans un morceau de tissu musculaire afin de les « cultiver ». Mais le procédé coûte cher : 250 000 euros pour fabriquer l’équivalent d’un steak !
Enfin, la start-up américaine Modern Meadows mise sur les techniques de l’impression 3D utilisées dans la médecine régénérative. La cartouche ne contient pas d’encre mais un mélange de différentes cellules. Une autre cartouche distille de l’hydrogel pour agréger la mixture.

La viande artificielle n’est plus depuis longtemps un rêve de savant fou. Plusieurs entreprises sont déjà actives sur le marché, ou sur le point de l’être, l’américaine Beyond Meat faisant notamment sensation depuis quelques mois avec son poulet hyper réaliste à base de soja.
5 spécialistes de la viande artificielleEntreprise Pays d’origine Année de création Nombre de références Marchés
Beyond Meat Etats-Unis 2012 3 Une partie des Etats-Unis
Field Roast Etats-Unis 1997 21 Canada, Etats-Unis
Garden Protein International Canada 2003 env. 30 Canada, Etats-Unis
Modern Meadows Etats-Unis 2011 NP NP
Quorn Grande-Bretagne 1995 env. 100 dans le monde, env. 15 aux Etats-Unis Etats-Unis, Australie, Grande-Bretagne, Suisse, Nord de l’Europe
Source : JDN

Pour l’instant, le poulet de Beyond Meat se trouve uniquement dans des plats préparés : salades, sandwichs et brochettes. Il est distribué dans certains magasins de la chaîne Whole Foods, équivalent américain de Naturalia, sur la côte Ouest et dans la région des Rocheuses. La compagnie vise une distribution nationale début 2013. Avant de tenter la production de viande rouge artificielle, un tout autre challenge vu la difficulté pour en imiter l’aspect.

Particularité de Beyond Meat, elle ne souhaite pas se cantonner au marché végétarien/végétalien et insiste pour que ses références soient rangées auprès de la viande conventionnelle plutôt qu’à côté du tofu. « Notre objectif est de redéfinir la catégorie, confie le fondateur Ethan Brown à Slate.com. Au lieu de la nommer « viande », elle s’appellerait « protéine », peu importe qu’elle provienne d’une vache, d’une poule, de soja, de petits pois, de quinoa ou d’autres sources végétales. »
fiel roast vend ses frankfurters à base de blé lors des matchs de baseball deFiel Roast vend ses Frankfurters à base de blé lors des matchs de baseball de Seatlle.© Field Roast

Une stratégie différente de celle des concurrents. Les nouvelles saucisses au blé de la société Field Roast, acclamées par les critiques gastronomiques, sont vendues dans le stade lors des matchs de baseball de l’équipe de Seattle. Field Roast, fondée en 1997, « assume pleinement de fabriquer des produits à base de plantes principalement à destination des végétariens », assure une responsable de la communication.

La société canadienne Garden Protein International, elle, a choisi la santé et le bien-être comme créneau marketing. Les produits à base de soja, blé ou petits pois de sa marque Gardein ont reçu pléthore de prix pour leur qualité. Lors de leur lancement aux Etats-Unis en 2009, ils ont eu droit au soutien de la célèbre présentatrice et faiseuse de rois, Oprah Winfrey,

Les substituts de viande à base de champignon de la britannique Quorn, créé en 1995, sont quant à eux disponibles aux Etats-Unis depuis 2002. L’entreprise est parvenue à se hisser en première position des marques de substituts de viande dans les magasins spécialisés dits « naturels », avec 26% des parts de ce marché. Dans les réseaux de distribution traditionnels, elle pèse 10% de PDM.

Lorsque le britannique Quorn a investi le marché américain en 2002, « nous n’avions que trois produits en vente dans une centaine de magasins, se rappelle David Wilson, directeur général pour les Etats-Unis. Aujourd’hui, nous sommes présents dans plus de 10 000 magasins avec une quinzaine de références. On peut trouver nos produits jusqu’en Alaska et à Hawaï. » En 2011, les ventes au détail des produits Quorn ont atteint les 32 millions de dollars outre-Atlantique. Sur les 9 premiers mois de 2012, elles s’élèvent déjà à 36 millions. « Ces dernières années, malgré la crise, nous avons connu des taux de croissance d’environ 20%, atteignant parfois les 25% ».

Une tendance vérifiée auprès des concurrents : la marque canadienne Gardein est aujourd’hui distribuée dans 12 500 magasins contre 750 en 2003. En 2010, les ventes ont augmenté de 40% par rapport à 2009. Beyond Meat, présente uniquement sur la côte Ouest, a quant à elle été victime de son succès médiatique du début de l’été et ne souhaite plus communiquer. « Nous avons accordé des interviews un peu trop tôt et cela a déçu certains consommateurs américains qui ne pouvaient se procurer le produit », nous écrit l’entreprise par mail, qui a également demandé à ses investisseurs de ne pas répondre à nos questions.

« Les ventes de substituts de viande représentent 0,6% de l’ensemble du marché »

Désormais, aux Etats-Unis, les produits à base de substituts de viande représentent 70% des ventes de nourriture dite végétarienne. Ils séduisent évidemment les 5% d’Américains végétariens et les 2% de végétaliens mais aussi certains carnivores. « Dans son ensemble, le marché pour les substituts de viande s’est considérablement développé car il y a davantage de choix pour les consommateurs », explique David Wilson. De là à concurrencer l’industrie de la viande ?

« En 2003, les ventes de viande artificielle s’élevaient à environ 300 millions de dollars, nuance Jayson Lusk, professeur d’économie agricole à l’université d’Oklahoma. En 2011, on estime qu’elles atteignent environ 1 milliard de dollars. Si l’on considère que les ventes de bœuf étaient de 79 milliards, celles de volailles de 45 milliards et celles de porc de 30 milliards, on arrive à un total de 154 milliards. Cela voudrait dire que les ventes de substituts de viande représentent uniquement 0,6% de l’ensemble du marché. Afin de disposer d’une véritable vision de l’impact de la viande artificielle, il faut avant tout se rendre compte de l’immensité du marché de la viande. »

Les fondateurs de Twitter et celui de PayPal ont investi dans la viande artificielle

Justement, le fondateur de Beyond Meat, Ethan Brown, a pour ambition de fournir un produit propre à satisfaire la demande croissante de viande dans le monde. Ce qui a attiré des investisseurs qui n’ont pas l’habitude de placer leur argent dans l’agroalimentaire, tels que Kleiner Perkins Caufield & Byers, « l’une des sociétés de capital-risque les plus grandes et les plus établies au monde », dixit le Wall Street Journal. Ou encore Obvious Corporation, la compagnie créée par les cofondateurs de Twitter, Evan Williams et Biz Stone. Et ils ne sont pas seuls. Le milliardaire et cofondateur de PayPal Peter Thiel a investi près de 350 000 dollars dans la start-up Modern Meadows qui tente de fabriquer de la viande artificielle à l’aide d’une imprimante 3D.

« Le secteur agroalimentaire est excessivement compétitif, rappelle cependant Jayson Lusk. Les grands groupes tels que Kellogg’s [qui, en 2007, a racheté Gardenburger qui produisait des burgers végétariens dès 1985, ndlr] risquent éventuellement de dominer le marché des substituts de viande comme ils ont à terme dominé celui des produits bio. Le nom des marques change mais derrière ce sont les mêmes grandes entreprises. »

Depuis une dizaine d’années, les consommateurs sont devenus plus sensibles aux problèmes liés à l’impact de l’élevage intensif sur l’environnement, au traitement des animaux mais aussi à leur propre santé et bien-être, rappelle Jayson Lusk, professeur d’économie agricole à l’université d’Oklahoma. Mais, ces derniers temps, le recours aux substituts est aussi une conséquence de la hausse des prix de la viande. Dans certains cas, l’augmentation s’élève à 30% par rapport à l’année dernière. »

Une forme d’intérêt pécuniaire qui préfigure le probable besoin de viande artificielle à venir : d’ici 2060, selon l’ONU, la Terre comptera 2 milliards de personnes de plus. D’ici 2050, la demande en viande aura doublé, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Or près de 30% de la surface exploitable de la planète sert déjà aux pâturages pour animaux. Et le secteur de l’élevage contribue à 18% des émissions mondiales de gaz à effets de serre. Une étude de l’université d’Oxford, publiée en 2011, estime que la viande créée en laboratoire produit 78 à 96% moins de ces gaz que la viande conventionnelle. Elle nécessite également 82 à 96% moins d’eau.

Par ailleurs, 80% des antibiotiques vendus aux Etats-Unis sont donnés aux animaux d’élevage, selon la Food and Drug Administration, augmentant ainsi le nombre de maladies résistantes aux antibiotiques. S’ajoute à ces considérations, celle, plus morale, du sort réservé aux animaux : selon la FAO, pour se nourrir, l’homme abat 1 600 mammifères et oiseaux chaque seconde.

Réduire l’empreinte de l’homme

En souhaitant concurrencer l’industrie de la viande, Ethan Brown, patron de Beyond Meat, vise à réduire l’empreinte de l’homme sur la planète. « Auparavant, on se déplaçait grâce au cheval. Puis la voiture l’a remplacé, confie-t-il à Slate.com. Je suis persuadé qu’à l’avenir, vous marcherez dans les rayons d’un supermarché et vous demanderez du poulet ou du bœuf. Et de la même façon que l’automobile n’a plus de relation au cheval, ce que vous obtiendrez n’aura plus rien à voir avec les animaux. »

Reste à savoir si les consommateurs accepteront complètement l’idée de se retrouver avec une viande artificielle dans leur assiette. « Il existe chez les gens une certaine aversion à l’usage de la technologie dans la nourriture », rappelle Jayson Lusk. Mais auront-ils le choix ?

Les sociétés citées dans ce dossier :

Beyond Meat, Field Roast, Gardenburger, Garden Protein International, Kellogg’s, Kleiner Perkins Caufield & Byers, Modern Meadows, Quorn