Ethique animale, la bonne conscience et la mauvaise mémoire des animalistes – Michelle Julien

Article publié dans la revue ÉTUDES SUR LA MORT,  numéro N°145 de Juin 2014, sur la thématique du colloque : « Déshumaniser, désanimaliser ».

Michelle Julien, essayiste/documentariste

Titre : « Ethique animale, la bonne conscience et la mauvaise mémoire des animalistes »

Résumé : Mise en perspective historique des Sociétés protectrices animales qui, à leur origine, approuvaient la mise à mort productiviste des animaux dans les abattoirs et les fourrières/refuges : du premier abattoir « usine » pour cochons aux chambres à gaz pour chiens. Si aujourd’hui le terme « éthique animale » est préféré à celui de « protection animale », dans le débat intellectuel, n’a-t-il pas pour même objectif de (ré)éduquer les classes inférieures afin qu’elles se conforment à un standard de vie et de consommation ?

Mots clés : Protection Animale, Éthique Animale, Classe Moyenne Urbaine, Classes Inférieures, Standard

J’ai choisi d’exposer le point de vue de la protection animale, toute la protection animale : welfaristes, droits animalistes, antispécistes, abolitionnistes, végétaristes, véganistes, même s’ils fonctionnent par clans et clubs (1), leur socle commun remonte au XIXe siècle avec la création des premières Sociétés protectrices des animaux.

Le titre du débat : «  Éthique animale, tuer les animaux est-il un crime? »

Dans le milieu animaliste, le terme « meurtre » est préféré à « crime », en référence au titre de la chanson « meat is murder » du groupe anglais The Smiths. Leur chanteur Morrissey est végétarien depuis l’âge de 12 ans, selon lui : « Manger de la viande est la chose la plus dégoûtante que je puisse imaginer, c’est comme croquer dans votre grand-mère (2)». Morrissey est également un supporter actif de l’organisation animaliste américaine PETA (People for the Ethical Treatment of Animals). PETA se qualifie d’organisation antispéciste influencée par l’universitaire Peter Singer, – Peter Singer est aussi un grand ami d’Ingrid Newkirk, présidente de PETA. Pour définir le sens du mot « antispécisme », je préfère donner la parole à un militant animaliste :

« Peu importe le degré de motivation personnelle, devenir végétalien immédiatement est obligatoire. En fait, quiconque a déjà mangé de la viande, moi inclus, mérite le même châtiment que les pires meurtriers en série. Il n’y a aucune différence morale entre la consommation de viande et le meurtre puisqu’il n’y a aucune différence fondamentale dans les capacités de souffrance des animaux humains et des animaux non-humains. Dire que de tuer un humain est pire que de tuer un animal non-humain est spéciste. C’est aussi absurde que de dire que tuer un blanc est pire que tuer un noir :

  • Ne pas commettre de meurtre n’est pas un choix personnel, c’est interdit pour tous.
  • Animal non-humain autant sujet de considération morale que animal humain
  • Manger de la viande = meurtre.
  • Végétalisme aussi obligatoire qu’il est interdit de commettre un meurtre(3). »

Manger de la viande = meurtre. Qu’est ce qu’un meurtre ? Selon la définition du premier dictionnaire de l’Académie française de 1694 :

Meurtre : Homicide, crime de celui qui en tue un autre injustement avec violence et effusion de sang.

Crime de celui qui en tue un autre, qui est cet « autre » ? Pour définir le meurtre, homicide vient en premier et dans homicide, on retrouve le mot latin homo pour homme. Il est donc convenu que homicide désigne l’acte de tuer un autre homme, un autre être humain.

Pour le mot crime, la première édition du dictionnaire de l’Académie française donne la définition suivante :

Crime : Action méchante et punissable par les lois.

La loi punit l’acte de tuer, mais avec des nuances. En anglais, l’homicide se divise en murder (homicide avec préméditation) et en manslaughter (homicide involontaire ou avec circonstances atténuantes) ; « c’est considéré par la loi comme un acte moins coupable que le meurtre (4)».

Manslaughter est composé de man (homme) et de slaughter qui, lorsqu’il est associé au mot animal, désigne le fait de tuer les animaux pour la nourriture. Slaughterhouse est d’ailleurs l’endroit où les animaux sont tués pour la nourriture. En français, c’est l’abattoir.

Rappel historique sur les abattoirs et qui va nous conduire au XIXe siècle avec la création des premières Sociétés protectrices des animaux au monde. La première est anglaise, elle fut fondée en 1824 par une élite appartenant majoritairement à l’aristocratie anglaise et à l’église, présidée par la reine Victoria et aujourd’hui par la reine Elisabeth II.

En France, la première société protectrice fut initiée par deux aristocrates, également fondateurs de la Société de la morale chrétienne, et se composait aussi d’une élite aristocratique, de médecins, vétérinaires, avocats, agronomes, professeurs, instituteurs et de militaires gradés. C’est la SPA Paris ou plutôt, comme elle se surnommait, « la petite sœur de la Société protectrice de Londres ».

Ces « Sociétés » se nommaient ainsi, pas seulement parce qu’il était en vogue au XIXe siècle d’utiliser ce mot. Elles œuvraient à un véritable projet politique dans le domaine social, économique et moral : « Élever le niveau social, augmenter la puissance productive et adoucir les mœurs (5)». Pour élever le niveau social et augmenter la puissance productive, les Sociétés protectrices animales encourageaient la zootechnie : une conception de l’élevage basée sur le commerce et la sélection productive des races dans l’objectif de diminuer le prix des denrées alimentaires en les rendant plus abondantes (6).

La politique d’adoucissement des mœurs s’adressait aux « classes inférieures » et consistait à encourager la possession d’un animal au foyer, en particulier le chien, et à empêcher d’assister à la mise à mort d’un animal destiné à l’alimentation parce que, selon les Sociétés protectrices, « le spectacle de l’abattage des animaux par les bouchers, dans leurs boutiques ouvertes sur la rue et offert ainsi à la population, endurcit les cœurs et peut faire naître, principalement chez les enfants, des idées de cruauté qu’il importe d’éloigner de leur esprit (7)». Pourtant, avant de remettre le rapport sur sa proposition de Loi – la fameuse Loi Grammont qui interdit la maltraitance publique des animaux domestiques – la SPA avait constaté que « les statistiques judiciaires ne prouvent pas que les bouchers fournissent plus de criminels que les autres professions. Il est même observé que, dans nos troubles civils, peu de bouchers se sont fait remarquer par leur cruauté (8)».

Il fallait néanmoins rendre l’abattage invisible aux populations consommatrices des villes car les Sociétés protectrices considéraient le travail de boucher comme « un spectacle dégoûtant et démoralisateur (9)» ; la Société protectrice anglaise allant même jusqu’à recevoir des legs « pour l’établissement de nouveaux abattoirs, loin des quartiers populeux de Londres (10)».

Les Sociétés protectrices animales œuvraient ainsi à un véritable projet politique. L’humoriste Coluche disait qu’« en politique, il suffit d’avoir une bonne conscience et, pour cela, il faut juste avoir une mauvaise mémoire ». Aujourd’hui, les sociétés protectrices animales ont oublié qu’elles ont loué la zootechnie, qu’elles voulaient cacher au « classes inférieures » ce qui se passe dans les abattoirs et qu’elles encourageaient également la mise à mort productiviste des animaux domestiques.

La sociologue Catherine Rémy a écrit que « c’est la concentration de l’activité d’abattage dans un lieu unique, l’abattoir, qui engage la transition vers une production industrielle de la viande (11)». Toujours selon Catherine Rémy, « le processus d’industrialisation de l’abattage prend son essor à la fin du XIXe siècle dans les abattoirs de Chicago (12)». En fait, le premier abattoir mécanisé n’était pas situé à Chicago, mais à Cincinnati.

L’année 1856, après un voyage aux États-Unis, Oscar Commettant publie une étude où il décrit ce qui paraît être la première industrialisation de l’abattage. Dans une même « usine », les cochons étaient égorgés, puis passaient dans de larges chaudières d’eau bouillante tandis qu’un autre compartiment les dépeçait, symétriquement coupés, salés et mis en baril.

« L’usine se compose de quatre grands corps de bâtiments rattachés tous par des ponts suspendus. Plus loin, comme des plaines vivantes que va bientôt faucher la dévorante machine, sont parqués d’innombrables troupeaux de porcs, appartenant à différents propriétaires, qui les amènent à cette usine comme on apporte du blé au moulin pour le moudre.

Tout cela se fait avec une si étonnante promptitude qu’on a de la peine à suivre les cochons dans ce rude et multiple travail de tant d’opérations diverses. Les cochons succèdent aux cochons, comme les chevaux de bois succèdent aux chevaux de bois dans le jeu circulaire qui porte ce nom. Joignez à cela les cris rauques et sinistres des cochons égorgés, suspendus en guirlandes sonores partout autour de vous (13). »

La seule présence humaine est « le mécanicien en chef », celui qui guide les cochons vers l’entrée du compartiment de la machine appelé « l’égorgeoir » ainsi que les « ouvriers » qui trient les « bonnes parties de l’animal à conserver. À la publication de cette étude, la SPA Paris réagira en « approuvant le perfectionnement apporté à la manière de tuer les porcs aux Etats-Unis (14)» car, selon elle, « ce procédé expéditif est parvenu à abréger autant que possible les souffrances qui accompagnent ordinairement la mort de ces animaux. Une étonnante rapidité qui contraste singulièrement avec la pénible lenteur passée en usage dans nos abattoirs (15)». Ainsi, la Société protectrice des animaux approuva le premier abattoir « usine », prélude de tous les autres abattoirs industriels.

Autre élément intéressant, Oscar Commettant rapporte que « ce curieux établissement est souvent visité par les étrangers qui passent à Cincinnati ». Même si l’anthropologue Noélie Vialles explique que « les abattoirs industriels acceptent des visiteurs généralement professionnels, mais également des groupes scolaires non nécessairement destinés aux métiers de la viande (16)», le fait qu’un touriste puisse visiter un abattoir, comme on visite n’importe quel établissement pittoresque, semble aujourd’hui insolite ; c’est pourquoi il est important d’aborder la question de la perception de la viande et des abattoirs.

Tout d’abord la perception de la viande, une perception gustative, olfactive et visuelle :

Dans son livre No steak (17), le journaliste Aymeric Caron affirme que l’écrivain Marguerite Yourcenar était végétarienne. Yourcenar a dit à propos de la viande : « Je ne vois pas comment je pourrais digérer de l’agonie ». Yourcenar emploie le verbe voir et ce quelle voyait dans la viande d’animaux terrestres, elle ne voyait pas dans le poisson car Marguerite Yourcenar ne s’embarrassait pas de « digérer l’agonie » de la chair d’animaux aquatiques. Le fait de se définir comme végétarien tout en continuant à manger du poisson et/ou du poulet revient constamment dans les sondages sur le profil des végétariens. Dans le pays cité comme la nation végétarienne de l’Europe, un végétarien britannique sur cinq admet manger de la volaille et plus de la moitié du poisson (18). En 2011, une étude sur les hypermarchés britanniques a montré qu’ils préfèrent maintenant labelliser leurs plats cuisinés végétariens avec la mention « sans viande » au détriment du mot « végétarien » afin de se distancier des « connotations négatives ou dépassées du végétarisme » (19).

Dans un entretien récent, le chanteur Julien Doré déclara : « Il n’y a que dans le cheeseburger que je peux manger de la viande. Je suis très sensible au sort des animaux. Je ne supporte pas les boucheries où l’on voit les carcasses (20). Et il ajouta dans un autre entretien publié quelques jours après le précédent : « Je suis devenu végétarien. L’industrialisation de la mort animale me choque (21)». Deux citations pleines de contradiction, en apparence, où l’on retrouve cette notion de perception visuelle de la viande. Mais ce qui est aussi intéressant, dans les propos de Julien Doré, est sa perception gustative et visuelle du cheeseburger. C’est la seule viande qu’il puisse manger, on suppose parce qu’il aime le goût, et c’est justement dans le cheeseburger (et même le burger) que la viande n’a pas le goût de viande, ni même l’apparence. Ainsi, pour Julien Doré, se déclarer végétarien n’est pas en contradiction avec le fait de manger du cheeseburger car cela n’a justement pas le goût ni l’apparence de viande.

Après la perception de la viande, la perception des abattoirs et, au delà des abattoirs, la perception de la mise à mort des animaux puisqu’au XIXe siècle, l’objectif des Sociétés protectrices animales fut justement de rendre invisible l’abattage des animaux pour la consommation. Le chanteur Paul McCartney, militant végétarien, a dit : « Si les murs des abattoirs étaient transparents, le monde entier serait végétarien ». Je ne suis pas d’accord, les humains ne sont pas des clones. La perception est propre à chaque individu. Il est même plutôt inquiétant de chercher à vouloir enfermer les humains dans un standard, en niant cette diversité humaine qui en fait tout étant sa richesse. D’ailleurs, on constate qu’au sein même des végétariens, les gens n’ont pas tous la même approche du végétarisme et ne sont pas tous devenus végétariens pour la même raison ; quand ils sont vraiment végétariens et pour combien de temps…

Comment reconnecter le consommateur à ce qui lui a été délibérément cachée depuis tant d’années : la mise à mort de l’animal et sa transformation en viande. Un programme de la BBC a tenté d’y remédier : « Kill it, Cook it, Eat it » (Tue-le, Cuisine-le, Mange-le). Diffusé en mai 2008, le principe de l’émission fut de montrer, à un panel de différents profils de consommateurs, des animaux vivants (bovins, ovins, cochons, poulets) qui entrent dans un abattoir, puis après avoir été tués et dépecés sous leurs yeux, la chair des animaux est cuisinée puis proposée à la dégustation. « Montrer » ne signifie pas « montrer des images », toutes les personnes du panel étaient bien à l’intérieur de l’abattoir et avaient vu préalablement l’animal dans son élevage. Précision : le tournage s’est déroulé dans un petit abattoir sans cadence industrielle. De plus, les explications d’une vétérinaire accompagnaient les différentes étapes d’abattage et de découpes de l’animal. Les commentaires les plus souvent entendus furent : « les animaux sont tués humainement », « les bouchers font un travail très soigneux et respectueux de l’animal », « le bien-être des animaux est respecté ». La majorité des gens qui avait assisté à la mise à mort de l’animal, acceptait ensuite de manger sa viande. Quelques réactions discordantes :

Une femme fut incapable de manger son morceau d’agneau et s’est excusée d’être bouleversée, puisqu’elle était restauratrice, et qu’elle avait déjà visité un abattoir. Un homme, présenté comme un gros consommateur de viande, fut également incapable de manger sa pièce de bœuf et s’interrogeait sur le fait de devenir végétarien et de se mettre au veggieburger, en précisant que cela serait temporaire. Un homme qui n’avait pas mangé de viande depuis six mois, suite à un reportage sur des élevages, accepta de manger son morceau de viande car « l’animal avait été tué humainement ».

Arrêtons-nous un instant sur le commentaire de cet homme qui dit avoir arrêté de manger de la viande suite à un reportage sur des élevages. Il ne précise pas quel type de reportage et sur quel support. Néanmoins, il existe sur le Net de nombreuses vidéos reprenant le vocabulaire journalistique de « reportage » ou « enquête » filmées et diffusées par des organisations animalistes végétaristes. Des vidéos dans des bâtiments d’élevages intensifs de cochons, de vaches, de canards, de poules, ou bien encore dans des abattoirs.

Ces vidéos de « propagande » – c’est le mot employé par l’idéologue animaliste Martin Balluch (22) – ont pour objectif de convertir au végétalisme tous ceux qui les visionnent. Leur manière d’être filmées se rapproche de la pornographie gonzo : des images cut, des gros plans anatomiques, des hommes sans visage ou le visage flouté, des animaux allongés, accroupis, des lumières glauques, des humains deshumanisés, leurs gestes sont mécanisés, des animaux tout autant désanimalisés, ils ne sont que chair désincarnée, on ne sait rien d’eux, on apprend rien d’eux en tant qu’individu, comme on apprend rien et on ne sait rien des travailleurs de ces bâtiments. La représentation de ces humains et de ces animaux, sans identité, est toujours associée à de la violence et de la laideur.

La manipulation émotionnelle de ces images empêche tout raisonnement : soit vous devenez végétalien, soit vous êtes complice, pas seulement du meurtre ou du crime, mais de la shoah, de l’holocauste des animaux, car cette dictature des émotions fortes, toujours plus fortes, va de pair avec le raccourci des slogans chocs.

Pour évoquer mon cas personnel, lorsque j’ai vu pour la première fois, « en vrai », une vache, et non plus une image de PETA ou d’une autre organisation animaliste qui se flatte de faire des « films de propagande », ma première réaction, le premier mot que j’ai eu à l’esprit fut « fort » : une vache, c’est fort, les vaches sont fortes ; ensuite, l’autre mot fut « beau » : c’est beau, une vache. On est loin de l’allégorie victimaire dont se nourrissent les organisations animalistes : les vaches sont des victimes, les vaches sont des victimes et il faut les pro-té-ger. En les parquant dans les refuges des Sociétés protectrices ? Des refuges comme ceux pour les animaux dits de compagnie : des cages, des mouroirs, des têtes de gondoles avec les chouchous des bénévoles, des couloirs de la mort, des refuges où l’on gère les animaux selon leur potentiel de vente, seuls les mignons, les petits, ceux à la mode et les racés échapperont à la chambre à gaz… pour combien de temps ?

Après la perception des abattoirs, la perception des travailleurs dans ces abattoirs et, en particulier, celle des animalistes sur les travailleurs des abattoirs. La fermeture de l’abattoir Gad dans le Finistère, en octobre 2013, a fait réagir les militants des réseaux sociaux animalistes. En voici un petit échantillon parmi des centaines de commentaires :

« Franchement, ces salariés payent pour toute l’indifférence dans laquelle ils ont tué ces animaux, pendant toutes ces années. Je n’arrive pas à les plaindre.

Je pleure pour les cochons mais sûrement pas pour ces futurs chômeurs qui font la une des journaux depuis hier. La société actuelle ne pense qu’à bouffer par n’importe quel moyen. Les fruits et les légumes, c’est bon pour la santé.

Je ne les plains pas non plus, quand on sème le malheur, la souffrance et la pollution, ça nous retombe dessus un jour ou l’autre ! Bien fait pour eux, qu’ils aillent cultiver des légumes !

Ces en****** méritent tout le malheur possible!!!! Ils ne pensent qu’à leur salaire, salaires en contrepartie de leur sale travail!!! Honte!!!!!!!!!!!!!!!!

Pour faire ce boulot, faut déjà être complètement taré, aucune compassion pour ces gens là.

Les cochons sont enfermés depuis le début du mouvement sans eau ni nourriture, qu’ils aillent pointer à Pôle Emploi, je ne peux être solidaire de cette espèce qui assassine des Animaux !!!!!!!!

Tuer des cochons ? Ce sont eux les sales porcs qui vont se retrouver au chômage. Juste retour des choses.

Ce conflit me dégoûte. Leur métier me dégoûte, je n’arrive pas à avoir de compassion pour leurs revendications, la violence qu’ils ont déployée DÈS le début du conflit m’effraie.

Quelle horreur, libérez ces cochons. Et les salariés, retrouvez un peu de dignité et allez faire un travail qui respecte le vivant.

C’est bien fait pour leur gueule !!! Qu’ils se retrouvent dans la merde et sans emploi !!! Qu’il leur arrive la même chose qu’ils ont fait aux animaux !!!

On devrait les tuer ces gens !!!!

J’ai aucune compassion pour ces gens dégueulasses qui ont assassinés de pauvres bêtes, pendant des années ! C’est à leur tour de crever ! Je suis très heureuse qu’ils se retrouvent sans boulot, sans fric, bien dans la merde et qu’ils y restent.

S’ils se retrouvent au chômage, ils arrêteront peut être de pondre. Bonne nouvelle, car les chiens ne font pas des chats (23). »

Pourquoi une telle incompréhension, pour ne pas dire haine, des militants animalistes envers ces travailleurs ou plutôt cette « espèce » des abattoirs reléguée à l’état animal puisqu’elle « pond et que les chiens ne font pas des chats ». Début d’explication avec le poète irlandais Seamus Heaney qui a écrit : « La protection des animaux fait de l’effet en ville où l’on ne considère pas la mort comme naturelle (24)». De plus, selon l’historien britannique Keith Thomas, « il y a un lien entre l’émergence de la question des droits des animaux et la séparation entre les habitants des villes et les animaux ; ceux qui s’indignent de la mort des animaux ne sont pas ceux qui sont en contact direct avec eux (25)».

J’ajouterais une autre explication, le rapport de classes. La majorité des militants animalistes appartiennent à la classe moyenne urbaine, la même classe sociale que Charles Dickens, décrite de la manière suivante par George Orwell : « L’univers intellectuel de Dickens est celui de cette petite bourgeoisie urbaine. Le grand handicap du petit bourgeois des villes, qui fait également sa force, c’est sa perception bornée. Le monde est pour lui celui de la classe moyenne, et tout ce qui se trouve en dehors de ce monde est soit ridicule, soit sournoisement pervers (26)».

Ce rapport de classes est d’ailleurs évoqué par un militant animaliste, toujours au sujet des travailleurs de l’abattoir Gad :

« Les prolétaires licenciés des abattoirs GAD sont tellement abrutis, conditionnés, aveuglés par leur ignoble atavisme, que je renonce à tenter de les éduquer. Ils sont absolument submergés par leur criminelle pensée prolétarienne primaire et déshumanisée. Comment, dans ces conditions, tenter de leur faire comprendre l’ignominie de leur existence de tueurs et dépeceurs d’animaux?

Gagner sa vie à assassiner des mammifères est une indignité extrême dont ils sont incapables de prendre conscience dans l’état passionnel et culturel où ils se trouvent. Mais leur présenter ainsi la chose (en leur disant ces mots vrais qui sont à des années-lumière de leurs préoccupations purement matérialistes) leur paraitrait tellement risible, au niveau de conscience de brutes où il en sont, que le mieux est de laisser cette humanité misérable évoluer à son rythme au lieu de vouloir stérilement l’aider.

Que ces arriérés pataugent dans leur merde jusqu’à leur mort car tel est leur destin d’animaux humains incapables de concevoir la vie autrement qu’à travers leur salaire de tueurs professionnels. Ces esclaves consentants n’ont pas d’autre religion que leur salaire et au nom de ce culte inepte ils sont capables du pire. La preuve : ils travaillent dans des abattoirs (27). »

Comment en est-on arrivé à un tel fossé ? La manière de communiquer des organisations animalistes s’apparente de plus en plus à l’univers de 1984 : une omniprésence de la diffusion d’images, une caméra qui piège puisqu’elle est dissimulée, un « novlangue » fait d’assemblage de mots, tel spéciste ou carniste, et ce rituel quotidien de haine déversée sur les réseaux sociaux par des militants tout autant emplis d’une bonne conscience que d’une mauvaise mémoire sur l’histoire de leurs propres Sociétés protectrices.

En conclusion, je m’interroge sur la place grandissante que prend, depuis quelques temps, l’éthique animale dans les sphères élitistes de notre société : les universitaires, les écrivains, les juristes, les journalistes ; ces individus s’intéressent-ils vraiment aux animaux ? Quels sont leur perception et leur rapport aux animaux ? Vivent-ils avec eux et comment ? Néanmoins, je m’interroge surtout si l’éthique animale, comme en son temps la protection animale, n’est pas encore un moyen pour une élite de diviser les humains. Les sociétés protectrices animales du XIXe siècle parlaient d’éduquer les mœurs rurales et ouvrières, de civiliser les barbares. Dans le milieu animaliste, l’humain répond à un standard, tout le monde doit maintenant être végétarien, tout le monde doit manger du burger et du steak de soja – et bientôt aussi de la viande in vitro, tout le monde… vraiment tout le monde ou, au final, surtout les « mœurs rurales et ouvrières », les « barbares à civiliser » ou mieux encore, les « tarés », les « pervers », les « arriérés », les « dégénérés »… un vocabulaire que l’on entend aujourd’hui parmi les militants et dirigeants animalistes pour désigner ceux qui n’appartiennent pas à leur classe.

Cet article répond au débat : « L’éthique animale : Tuer les animaux est-il un crime ? », du colloque Déshumaniser, désanimaliser, de l’abattoir à la viande in vitro, décembre 2013, Strasbourg

Notes :

(1) Définition du mot club, dictionnaire Larousse : « Groupe fermé constitué par des personnes ou des pays disposant de certains pouvoirs ou ayant des intérêts similaires» (consultation en ligne, mai 2013).

(2)Interview de Morrissey par Dan Matthews, PETA, septembre 1985

(3) Penseravantdouvrirlabouche.com

(4) « Manslaughter is a legal term for the killing of a human being, in a manner considered by law as less culpable than murder ». Source wikipedia

(5) Julien, Le cauchemar de Dickens, Mongrel éditions, 2013

(6) Discours de M. Le vicomte de Valmer, président de la SPA Paris, 1862

(7) Julien, Le cauchemar de Dickens, Mongrel éditions, 2013

(8) Bulletin SPA Paris, 1855

(9) Julien, Le cauchemar de Dickens, Mongrel éditions, 2013

(10) Bulletin SPA Paris, 1863

(11) La fin des bêtes – Une ethnographie de la mise à mort des animaux, Economica, 2009

(12) Ibid

(13) Trois ans aux Etats Unis, étude des mœurs et coutumes américaines, 1856

(14) Bulletin de la SPA Paris, 1857

(15) Ibid

(16) Le sang et la chair, Editions de la maison des sciences de l’homme, 1987

(17) Fayard, 2013

(18) « The end of the salad days? », BBC, 08 juin 2004

(19) « Don’t call it vegetarian, it is ‘meat free’ », The Telegraph, 16 janvier 2011

(20) Parisien magazine, 08 novembre 2013

(21) Les Inrocks, 20 novembre 2013

(22) Julien, Plaidoyer pour les cochons, Editions du cygne, 2012

(23) Ces commentaires d’Internautes ont été principalement collectés sur le réseau social de l’organisation animaliste L214.

(24) Dans le jardin de la nature, Flammarion, 1985

(25) Ibid

(26) Dans le ventre de la baleine et autres essais, 1931-1943, Ivrea, 2005

(27) Site internet Vegactu.com

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À propos de Michelle Julien

Essayiste, documentariste

Publié le février 18, 2015, dans Uncategorized. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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