Témoignage d’un travailleur dans un abattoir

 

« Je bosse depuis plusieurs mois dans un abattoir de volailles, dans le Finistère, zone qui est, on le sait tous, très dynamique au niveau de l’emploi. Gosse, j’adorais renvoyer des cartes découpées dans mes magazines préférés pour parrainer un bébé éléphant ou une baleine. Aujourd’hui j’entasse des chariots de poule sur un quai, ou je les chope par les pattes pour les accrocher sur une chaine qui défile, au rythme d’une toute les deux secondes. On en abat entre 30 et 50000 /jour. Journée de boulot entre 6 et 10 hrs. Certaines semaines, on fait 50h, le surplus des 35 passe en rtt pour combler quand il n’y a plus rien à abattre (à cause du prix de l’œuf, m’a t’on expliqué un jour, en salle de pause ).

Entre celles qui meurent durant l’attente sur le quai, ou sur le parking en plein soleil (elles sont ramenées en fin de journée, passent la nuit, puis sont abattues le lendemain dans la journée), c’est parfois un millier de bêtes qui finissent à la poubelle.
Une bonne partie de cette « viande » va partir en bouffe pour chat et chien. Animaux ô combien plus noble et tout aussi protégé que mes pauvres petites poules qui me chient dessus toute la journée quand je dois les accrocher (rire jaune).

Bref. Je suis un tantinet agacé de voir des gens manifester (bien que je comprenne le pourquoi. Merde. si j’avais eu un autre job, je défilerai sans doute aussi.) j’ai du mal à saisir l’absence de solution réaliste. Les « gens », la généralité de l’humanit, a besoin de se nourrir de manière variée, et du boulot que ce besoin crée implicitement. C’est une sorte de cycle, qui ne peut pas être brisé juste par le choix de manger de la salade.

J’aurais aimé que les gens descendent dans la rue pour défendre une proposition concrète. Pour hurler « on tue des bêtes par millions alors qu’il suffirait de remplacer A par B ». Or aujourd’hui, j’entends plutôt du « on ferme les abattoir, point. » Parce que ce serait inhumain.
Est-ce plus humain de mettre sur la paille des milliers de vos citoyens, voisins types qui fournissent votre viande pour le barbecue du samedi prochain ?
Pour les remplacer par des fermes bio/écolo/moralement décentes qui font pas le poids tarifaire face à des pays comme le brésil ?
Je préférerai que la manif parle surtout de la souffrance animale, des conditions de transport, de stockage ou d’étiquetage honnête des produits finaux, et de solution intelligente, pas juste de matraquage pour marquer des points comme des gosses à la récré.
Pour gagner de la place sur un quai, les chariots sont collés les uns aux autres. Avec environs 15-20 poules par caisse (4 caisses par chariot) je vous laisse imaginer la chaleur que les bêtes dégagent par elles-mêmes, en plus de l’effet étuve de la tôle ondulée des parois des dit quais.
Il faudrait un lourd investissement que les abattoirs ne peuvent pas se permettre, déjà à cause des périodes où il n’y a pas de boulot. Il faudrait des financements ou une aide état/Europe. Mais j’imagine déjà les mêmes qui défilent aujourd’hui, défiler demain sur le « on est trop taxé ».

En attendant, je continue à bosser pour payer mes crédits, mes impôts, dont j’apprends régulièrement qu’une partie est détournées par untel ou unetelle.
Bref, c’est un peu déprimant tout ça…. »

 

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À propos de Michelle Julien

Essayiste, documentariste

Publié le juin 14, 2014, dans Uncategorized. Bookmarquez ce permalien. 5 Commentaires.

  1. Le discours de la servitude volontaire : je fais un boulot dégueulasse que personne ne veut faire, mais j’ai des crédits à payer et puis… je mange du poulet. Donc, j’incrimine les encore plus opprimés que moi-même, brésiliens moins payés qui font concurrence, pas le système qu’au fond je souhaite continuer à soutenir en achetant ma viande puisqu’il faut manger « varié » (comme si les VG ne mangeaient pas varié !) et que je me suis endetté en achetant mon pavillon, je suis conforme à ce que la société attend de moi, acteur économique sans états d’âme. Rien ne peut changer, surtout, moi je ne peux rien changer ! Evidemment, c’est un homme : le système lui sert encore, et il ne se plaint que du bout des lèvres. Et puis, « c’est que des animaux ».

    • Et un humain qui ne pense pas, ou qui n’a pas la vie parfaite de la vertueuse Hypatia (qui elle ne s’abaisse pas à cette servitude volontaire bien dégueulasse – « salauds de pauvres! ») , il n’a pas le droit de s’exprimer ? Seuls les slogans et les images volées animalistes ont droit au chapitre ? Merci mais la dictature de la pensée unique, pas pour moi.

    • La « servitude volontaire », c’est aussi croire vivre à travers sa petite communauté de réseau social et de se gargariser d’images sélectionnées/ montées par d’autres militants animalistes…. La vie des Autres : les travailleurs des abattoirs, les éleveurs, pourquoi ne pas les rencontrer, leur parler, les écouter au lieu de passer son temps à les insulter et les juger sur ses réseaux sociaux avec les images (et slogans) des autres ?… Et vous vous sentirez enfin « libre »… car vous penserez par vous-même

  2. C’est vous qui dites salauds de pauvres ! Moi, je ne l’ai pas écrit, et je ne le pense même pas : d’ailleurs, comme la majorité des femmes de la planète, je suis pauvre. Ne pas manger de viande ni de poisson me permet de faire d’énormes économies bienvenues. Je ne me gargarise d’aucune image volée, j’entre dans des élevages avec la permission des éleveurs, donc j’appréhende, mieux que n’importe quelle image réductrice ne me le permettrait, la réalité industrielle de ceux-ci. Je connais aussi la mécanique infernale dans laquelle sont enfermés les humains qui travaillent dans l’élevage hors-sol intégré. Et dans mes activités la plupart du temps bénévoles, je rencontre des employés d’abattoir et je les écoute sans les juger. Juste pour préciser que je ne suis pas ce que vous décrivez dans vos deux précédentes réponses.

    • « salauds de pauvres » – réplique de Gabin dans la traversée de Paris

      Hypatia, pauvre ? je pense que beaucoup de « pauvres » aimeraient être pauvres comme Hypatia. Ce n’est pas parce qu’on est femme qu’on est automatiquement pauvre , même constat chez les vegans gavés de bouffe manufacturée burgers, soja et j’en passe, extrêmement couteuse (un petit tour sur le site « un monde vegan » pour prouver l’aspect « bon marché et écologiquement viable » de la bouffe vegan ^^)

      et puisque vous « rencontrez régulièrement » des travailleurs dans les élevages et les abattoirs (? première nouvelle, la bonne blague), pourquoi ne pas leur donner une voix, sans jugement – c’est pas ce que je remarque dans vos écrits et ceux de la communauté veganiste animaliste

      Votre précédente réaction à ce billet qui ne faisait que retransmettre – sans juger – les propos d’un travailleur dans un abattoir en dit long sur votre sincérité lorsque vous clamez rencontrer, discuter et ne pas juger ces individus.

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