Affaire des arènes de Rodilhan, l’escalade du « choc » des mots et des images

Billet en cours de rédaction, mise à jour prochaine

Avant de revenir au cas : « arènes de Rodilhan », plusieurs éléments ont suivi la publication de mon billet d’humeur sur les tactiques de manipulation émotionnelle animaliste. Je vais tenter de les expliquer, en remettant les choses dans le contexte qui a provoqué l’écriture de mon précédent billet sur « l’affaire Rodilhan ».

Récemment, lors d’un reportage au journal de 20 heures, des « jeunes de banlieues sensibles » se plaignaient de leur enfermement par les médias et la société dans des stéréotypes et, qu’à force, ils finissaient par se les approprier et croire qu’ils étaient incapables d’être « autre chose » que cette image stéréotypée qui (qu’on) leur collait à la « peau ». Habitant moi-même une « banlieue dite sensible », je sais exactement de quoi ils parlent et je peux comprendre leur ressentiment. C’est aussi ce que je dénonce dans mon ouvrage Des souris et des salopes, sauf que les « minorités » du livre, ce sont les femmes…

Dans ce même journal télévisé, le présentateur annonça que les familles des otages voulaient que les journalistes cessent d’utiliser les images de détention du membre de leur famille et – comme  précisa le présentateur – les familles « insistaient » pour que les médias se servent exclusivement d’images prises avant leur détention : libres, souriants, en famille… Pourquoi une telle requête ? Ai-je vraiment besoin de l’expliquer ? Je pourrais ainsi multiplier les exemples de personnes victimes ou de familles de victimes qui ne veulent pas que ce que le public retienne d’eux, soit leur image (ou celle du membre dans leur famille) dans une posture humiliante ou/et dégradante… Cela est valable en France comme ailleurs.

J’avais été moi-même très marquée par les images diffusées pendant le génocide au Rwanda. L’œil froid d’une caméra occidentale balayant des cadavres de femmes noires nues ou demi-nues, à terre, les jambes écartées… Des voix africaines s’étaient inquiétées de la pertinente d’une diffusion répétée de ces images et s’étaient interrogées si les médias occidentaux avaient procédé de la même manière avec des cadavres de femmes blanches… Cela ne signifie pas que ces voix africaines voulaient que les médias taisent la violence et les crimes subis par ces femmes – mais l’image répétée et décharnée autant que banalisée des cadavres de ces femmes noires dans une posture dégradante n’apportait rien de positif pour ces victimes, bien au contraire.

Autre exemple plus récent, et pour en venir plus spécifiquement au fait d’une agression sexuelle et/ou de se retrouver dans une posture dégradante, une journaliste Lara Logan avait été prise à partie par un groupe d’hommes alors qu’elle couvrait les manifestations égyptiennes, en février dernier. Aucune image de son agression et après son agression n’ont circulé dans les médias. Les journalistes prenant soin – par respect pour leur consœur – de ne pas diffuser d’images dégradantes de cette journaliste… Pourquoi cela est-il différent avec les militants animalistes envers leurs militantes – au moins deux d’entre elles – qu’ils considèrent eux-mêmes avoir subi une « agression sexuelle », selon leurs propres mots ? Bien sûr, je parle de l’affaire Rodilhan et comment les animalistes ont inondé Internet et les réseaux sociaux d’images dégradantes de leurs propres militantes, soit dans une posture humiliante (assise par terre et demi-dénudée) soit dans une posture « animalisée » (trainée par les deux « pattes arrière ») qui renvoie directement à ce que je dénonce dans mon ouvrage Des souris et des salopes, De la misogynie en milieu animaliste . Et parce qu’ils trouvent eux-mêmes, et particulièrement leurs propres militantes,  cela « normal ». Je reviendrai sur ces deux photos de la discorde que j’ai avec les animalistes, plus loin dans ce billet…

« Coucher avec l’ennemi »

Dans mon livre Des souris et des salopes, je décortique comment les animalistes entretiennent un climat hostile envers les femmes autant qu’avec leurs propres militantes (pourtant majoritaires dans le milieu de la protection animale). Une semaine après l’affaire « des arènes de Rodilhan », Claire Starozinski, présidente d’une association anti-corrida qui n’a pas participé à l’action des autres animalistes, était l’invitée de l’émission Antenne Ouverte de France bleue pour réagir à l’événement. Cette femme, dont je trouve l’intervention radiophonique intelligente et mesurée – rend, en premier lieu, hommage aux jeunes veaux qui ont étaient massacrés lors de cette corrida et qui sont les « vrais » victimes de cet événement – nous apprend qu’elle a été elle-même traitée de « collabo » par des anti-corrida parce qu’elle avait osé parler avec « l’ennemi ».

En d’autres temps, les lâches – souvent eux-mêmes exploiteurs de petites boniches juives (référence à un passage du film La traversée de Paris) – s’amusaient à tondre les cheveux des femmes qu’ils désignaient comme ayant « couchées avec l’ennemi ». L’expression « collabo » n’est pas le premier mot de vocabulaire faisant référence à la période de la seconde guerre mondiale, qu’aiment instrumentaliser ces animalistes. J’ai moi-même eu également droit au terme « résistant » – ces militants s’autoproclamant « résistants » car en guerre, contre qui ? Les pro-corridas ? Mais la France n’est pas en « guerre » contre les aficionados et n’entretient pas un climat de haine vis-à-vis de ces individus, même si la majorité des Français sont contre la corrida. Et c’est bien toute la différence avec ces animalistes !

Toujours plus d’escalade dans la violence des mots à l’égard des autres – ceux qui ne pensent pas et/ou ne vivent pas comme ces animalistes – à travers le communiqué : « Quand la barbarie d’une bande de dégénérés apparaît au grand jour » de l’une des associations organisatrices de l’action et traitant les aficionados de dégénérés, de psychopathes, d’attardés – Entre autres mots constructifs et en un mot, comme ajouta l’un de leurs « résistants » : de sous-hommes :

« Réjouissons-nous d’avoir pu montrer à tout le monde la véritable nature de ces  sous-hommes ! »

Sous-hommes ? Un terme qui fait aussi référence à la même sombre époque de l’histoire de France que ces animalistes semblent tellement affectionner…

Girls on film… et sur Entrevue

BILLET EN COURS D’ÉCRITURE, la suite dans qqs jours

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À propos de Michelle Julien

Essayiste, documentariste

Publié le octobre 31, 2011, dans Représentation Hommes/Femmes. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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